Publicité

Samedi 2 août 2008

Par WL - Ecrire un commentaire

N'en déplaise aux grognards de tout poil, la longue série continue. Cette fois-ci, elle n'émane pas d'une décision ou déclaration politique, mais plutôt de son absence.

Quelques réflexions sur l'actualité amènent des conclusions simples. Si nous parlons de « courage politique » en opposition au salon de thé, montrons-en un exemple, armés d'un raisonnement simple et bassement cartésien.

Même si tout cela est relativement candide, Napoléon Bonaparte avait coutume de le dire :

Impossible n'est pas français.

 

De l'énergie cinétique.

Plus communément connue sous le principe suivant :

« Toute action amène une réaction. »

C'est toujours via ce principe que les événements se déroulent à travers le monde.

 

Ceci est fait sans tomber dans le sentimentalisme le plus primaire, en « plussoyant », comme il est coutume de dire sur Internet, la déclaration de J.M. HAREL du Nouveau Centre.

Cependant, je n'irai pas jusqu'à étendre le débat sur la Seine-Maritime, je me contenterai de ne parler que de la ville du Havre, et d'autre part, sans critique aucune, je ne souhaite pas et n'espère pas : j'appuie simplement de quelques réflexions sans perdre l'ensemble des avancées législatives récentes.
Voici ce que l'on peut déduire de la décision de suppressions de postes sur le site de Renault SANDOUVILLE :

 

Le Havre en chiffres :

Taux de chômage (2005) : 11,8%

Revenu moyen des ménages : 13 537 €/an

Population (2004) : 184 000 habitants


Points soulevés :

  1. Le revenu moyen d'un employé de l'usine Renault SANDOUVILLE dépasse le revenu moyen des ménages Havrais. Le but est-il de baisser encore la moyenne ?
  2. Imaginez dans un premier temps l'impact au niveau local, tant sur l'économie que sur les chiffres du taux de chômage déjà bien assez élevés comparés au national (9,6%). Si cette population ne vit plus avec le salaire qu'il lui est légitime, devra-t-elle vivre d'aides en grossissant le taux de chômage, je le répète, déjà trop élevé ?
  3. Ces 1000 postes ne sont que des emplois directs (sans compter avec la sous-traitance qui est un chiffre qui s'additionnera au premier). Aucun chiffre précis ne peut être mentionné à ce sujet. Il en va également de la vie d'entreprises ainsi que de sites dont les principes même reposent sur les synergies développées avec l'usine Renault SANDOUVILLE. Si les lieux communs parlant du ratio employé/sous-traitant sont fondés, nous en sommes à un employé pour deux sous-traitants. Ce qui nous fait en définitive 2 000 emplois de plus soit 3 000, pas seulement 1 000, certes pas tous localisés sur la région havraise, mais intimement liés. Saint-Romain-de-Colbosc et « Plastic Omnium », par exemple.
    Cela valait bien le coup que ce groupe rachète récemment des entreprises dans la région pour parfaire son offre...
  4. Le Havre pourrait bien perdre des habitants à nouveau, comme c'est le cas depuis la moitié des années 1970. Faute de travail au niveau local, on en trouve ailleurs en emmenant tout le reste de sa famille (le but est-il de retourner au chiffre de 1954 : 140 000 habitants ?).
  5. Si les intentions semblent être actuellement de se passer de ces 1000 postes, il n'est ni spécifié, ni affirmé à quelconque endroit que le site puisse effectivement s'agrandir ou se maintenir à l'horizon 2012, date hypothétique du lancement de la fabrication des voitures électriques, toujours en se basant sur les déclarations dans la presse de ce 25 juillet. Même si 2012 est une date d'emploi massif, il reste néanmoins un vide de 4 ans entre maintenant et cette date, messieurs. Dois-je vous rappeler la durée d'indemnisation moyenne d'un chômeur avant de sortir des statistiques ?
    Par ailleurs, les récentes mesures mises en œuvre par le gouvernement concernant le choix qu'ont les chômeurs au regard des emplois ne laissent ni d'alternatives ni de doutes sur la question.
  6. Certes, l'ensemble de ces employés n'est peut-être pas Havrais, mais la ville les attire toujours pour quelque raison que ce soit (enseignement, commerces, loisirs, etc.). Une partie de la manne financière se tarit ainsi, si cette suppression de postes survient.
  7. Cette décision favorise les régimes dits « spéciaux » des retraites. Je m'explique : d'une manière générale,  on accordera comme principale issue une préretraite massive aux plus âgés. Aucun « licenciement sec » n'est généralement prévu dans ce genre de cas de figure. C'est donc l'alternative « préretraite » qui est bien souvent choisie, au détriment du discours gouvernemental affirmant vouloir stopper ce genre de plans dit « de privilégiés ».
  8. Cela bloque également le « roulement de génération » (ou turnover de l'emploi). Additionnez la fuite des jeunes de la région à la recherche d'un emploi au tableau des dégâts : il en résulte une désertification, et, plus encore une impossibilité de renouvellement de la pyramide des âges. Nous serons donc sujets à un « vieillissement accéléré » de la population.
  9. Le bilan dûment chiffré alourdit le reste des écrémages dans la région havraise. Parmi ceux-ci Millenium Inorganic Chemicals ainsi que l'hôpital Jacques Monod, contribuant de ce fait à une décomposition bien avancée du tissu économique local, qui, depuis plus de deux décennies ne semble pas qu'évoluer dans le bon sens.
  10. L'usine de Sandouville a déjà prouvé sa malléabilité et son savoir-faire technique en changeant maintes fois les modèles d'automobiles produits en son sein. Pourquoi ne pas pouvoir y prétendre maintenant, au regard de la situation du marché ? N'est-ce pas là un projet industriel ambitieux ?
  11. Les résultats récents du groupe ne sont pas médiocres, ils sont encore en évolution et supérieurs aux attentes. Egalement, cette décision n'a pas eu d'impact significatif sur le titre, ni immédiate, ni à très court terme. A quoi bon ?

 

A cela, plusieurs actions de bon sens s'imposent immédiatement :

 

* Renault Sandouville n'est-il pas un patrimoine local ?

Comme le souligne J.M. HAREL avec raison, l'industrie automobile est un fleuron industriel incontournable qui profite à la ville du Havre, tant sur le plan des emplois que sur celui de la manne économique qui revient à la ville sous quelconque forme.

 

* Il n'est pas décent de la part des syndicats de recourir au chantage social, même si les « drames humains » d'une réorganisation sont malheureusement une réalité indéniable : le misérabilisme n'est pas une méthode constructive pour amorcer un dialogue, ni pour présenter une image de lutte d'avant-garde. C'est un cul de sac au regard des négociations entre le patronat et les salariés.

 

* Il est à peu près aussi inélégant que de faire une telle annonce une semaine avant les « vacances générales » de l'usine de Sandouville. Cette annonce était-elle accompagnée d'un vœu d'agréables vacances à l'encontre d'une équipe sur deux supprimée non encore désignée ?

 

* A. RUFENACHT, dans les quotidiens de la semaine passée, annonce ses intentions dans la presse locale de mener un plaidoyer. Nous ne pouvons qu'être d'accord sur la forme. Il doit être effectivement mis en place, mais certainement pas en ce qui concerne 2012, du moins, dans un premier temps. C'est une forme de résignation qui n'est pas acceptable.
En 2012, il sera trop tard pour amortir des impacts négatifs, et peut-être même trop tard pour une aggravation des « symptômes » actuels pouvant mener à l'anéantissement total du site. Nous ne savons que trop bien ce que signifie « remettre à demain ce que l'on peut faire le jour-même ».

Le parallèle est simple et la politique doit être en adéquation avec les slogans.
Fleuron de l'emploi et de l'économie : fiers d'être Havrais.

* Qu'attend donc l'état pour s'exprimer sur ce chiffre ?
Je vous rappelle qu'il est actionnaire du titre à hauteur de 15%. Donc, vous, moi et les élus qui nous gouvernent.
Un référendum d'initiative populaire est-il à demander au parlement, tout en sachant les chances qu'il a d'aboutir ? Quel délai cela prendrait-il de le lancer ?

Attend-t-on que les employés restants travaillent plus pour gagner plus ?

Un actionnaire a des droits de regard sur ce que l'on fait de « son » entreprise, il est grand temps d'ouvrir une porte sur le domaine social du projet gouvernemental. En tant que contribuables, nous avons notre mot à dire.

Que reste-t-il des promesses du Nicolas SARKOZY « candidat incarnant la protection des démunis, de ceux qui souffrent, des victimes, et tutti quanti » ?

A ce jour, aucune déclaration du gouvernement ne semble avoir été relayée par la presse sur ce sujet. Il est peut-être occupé dans les plus hautes sphères pour, encore une fois, délaisser les promesses du candidat de « tous les Français ».

 

*Que peuvent coûter 1000 emplois ?

Salaire net :

Comptons 1600 euros primes comprises (le salaire moyen en France étant de 1500 euros).

Multiplions par deux pour compter les charges : 3200 euros.

Multiplions par 12 pour un salaire annuel : 38 400 euros.

Multiplions par 1000 employés : 38 400 * 1000 = 38,4 millions d'euros.

Additionnons environ 10 millions pour des frais divers CE ou autre, et nous arrondissons le tout à 50 millions d'euros.

 

Au regard de ce que pourrait coûter ces employés, le chiffre d'affaires est en hausse de 2,3%, ce qui représente environ 500 millions d'euros sur les 21 milliards annoncés. Cette masse salariale théorique constituerait environ 10 fois moins d'argent que le bond théorique du chiffre d'affaires. En admettant que le chiffre théorique des économies de salaires puisse être additionné audit bilan, il ne relèverait le chiffre d'affaires que de 0,1% supplémentaire.

 

* Ce qui nous renvoie à une évolution du chiffre d'affaires à 2,4%, ce qui est bien loin d'être satisfaisant par rapport au sacrifice demandé à la région.

En toute logique, nous pouvons être sûrs qu'au moins 18% des actionnaires (l'état français plus les employés du groupe) sauront se satisfaire de seulement ces 2,3%. De plus, le titre n'a pas connu un bond significatif à cette annonce, au contraire.

En admettant que cette « économie » puisse être doublée, vous ne pouvez que constater que le débat ne change que peu : les démonstrations mathématiques sont inépuisables au regard d'un chiffre aussi important que cette progression de 500 millions d'euros.

 

Un ami me disait dernièrement qu'il était pour l'économie de marché.

Oui, certes, moi aussi. Mais pourquoi devoir payer un tel prix pour un résultat si maigre au final ?
Le choix est-il stratégique ? Je n'y crois curieusement pas.

 

Alors concluons. Même si ce chiffre n'est aucunement le chiffre final, et qu'il n'est que pure supposition, il laisse un goût amer en bouche, car il est tout de même envisagé. Une perte de 100 emplois aurait certainement moins choqué, mais là nous parlons de plus de 25% d'un très gros site.

La grogne qui va monter n'est bonne pour personne. Pour ceux qui ne travailleront plus, tout comme pour ceux qui ne pourront pas aller travailler faute de grèves paralysantes, c'est un fait :

Nous en avons un avant-goût dans la presse locale du 31 juillet 2008 reportant un mouvement de grève du 30 du même mois, bloquant la zone industrielle une partie de la matinée et de l'après-midi. D'après les représentants syndicaux, le chiffre des pertes de postes monte à 5000 si l'on compte la sous-traitance.

« Admettons... », répondrais-je avec cynisme, nous ne sommes plus à ça près.

 

Sachant qu'enfin, il n'existe actuellement pas d'alternatives d'emplois locaux à ce plan inique. Je le répète, 4 ans au regard de l'échelle humaine : d'une c'est trop long et de deux au terme de cette durée, le paysage politique global sera, je l'espère, différent :
Que l'on nous démontre enfin que l'hyperactivité du président de la république actuel a un sens positif en faveur de la « France d'en bas ».

 

Sources :

ANNONCE PRESSE LOCALE

http ://www.lehavrais.fr/2008/07/renault-sandouv.html


DONNES SUR LE HAVRE

http ://www.journaldunet.com/management/ville/ville/donnee/1214/le_havre/


ETUDE DES CHIFFRES DE RENAULT

http ://fr.news.yahoo.com/rtrs/20080724/tbs-france-renault-resultats-7318940.html


ANNONCE RENAULT SUPPRESSION DE POSTES

http ://fr.news.yahoo.com/afp/20080724/tts-automobile-emploi-social-prev-c1b2fc3.html


RENAULT

http ://fr.wikipedia.org/wiki/Renault_(Groupe)

 

PLASTIC OMNIUM

http ://plastiques-caoutchoucs.com/Plastic-Omnium-passe-a-trois-sites,410

http ://archives.lesechos.fr/archives/2001/LesEchos/18364-110-ECH.htm

Publié dans : Chroniques De Wilfried
Voir les 4 commentaires
Retour à l'accueil

Commentaires

Postulat : .....Le mode opératoire de Carlos Ghosn dans son exercice de redressement d’entreprise a fait ses preuves auprès de grands groupes industriels de renommée internationale qui se retrouvent étouffés par leur notoriété qui à elle seule ne peut suffire à justifier leur position sur un marché donné.

Magee D. dans Comment Carlos Goshn a sauvé Nissan ?
(lien du cnam sous prénom)

...pour Renault Vallée de Seine, on va voir se débloquer des fonds Européens pour la restructuration et la revalorisation des zones industrielles.


....je crois savoir que les boîtes d'intérim vont embauchés pour septembre des tripotés de "chargé de prospection" sur la zone économique CCI & Caux.


nb : je n'ai toujours pas vu d'articles de ce blog sous cozop, le réseau social des blogs. C'est une belle plate-forme pour parler du Havre.
nb2 : Pour les Havrais, la caravane UMP est demain à la plage :))) vous faites ce que vous voulez de cette info.

Commentaire n°1 posté par chr!s le 02/08/2008 à 13h53
Vous avez raison sur un point Chris,le redressement de Nissan par Ghosn a été spectaculaire mais souvenons-nous que cela peut être éphèmère.Par exemple dans l'actualité Serge Tchuruk remercié par les actionnaires d'Alcatel alors qu'auparavant il avait opéré la renaissance du groupe Total de bien belle façon.La seconde chose avec laquelle je suis d'accord avec vous est de rechercher d'autres opportunités rapidement pour ce bassin d'emplois et tous les acteurs régionnaux doivent s'y employer ,le tout coordonné par la CCI.Quant à la caravane UMP je crois savoir qu'elle est tractée par un véhicule dont le moteur a des ratés(il fait bling bling)espérons que cette caravane arrive à bon port,c'est bien le moins pour Le Havre.
Commentaire n°2 posté par VOLTAIRE le 04/08/2008 à 13h55
ca fait une belle jambe au futur chomeur que renault ait un grand patron!
Commentaire n°3 posté par remy s le 05/08/2008 à 21h51
Voltaire : désolé j'ai oublié de la ponctuation pour mon commentaire précédent.
De Postulat à Lien du CNAM sous prénom, il fallait y voir un extrait de Magee.

Je voulais surtout mettre en relief les objectifs de la méthodologie de Goshn depuis sa prise de fonction au sein du groupe Renaullt-Nissan.
Ce qu'il a fait avec Nissan, il le répète avec Renault.
Un large sourire pour te parler de social, et un grand couteau pour s'en mettre plein les poches.

Pour la coordination de la CCI Locale, je n'y crois malheureusement pas. Tout va s'effectuer de Rouen et de son agglomération: les responsables du SGAR, du Conseil Régional et de l'OPCAReg ne viennent au Havre que pour la Photo souvenir. Ou pour donner des subventions à des formations qui ne servent à plus grand chose à la zone économique de l'Estuaire de Seine.
....à la CCI&Caux, il y a de plus en plus d'Entrepreneurs multi-culturels alors que les structures régionales et leurs représentants en charge des formations veulent toujours conserver un système de Patrons-"les gars" mono-culturé. Dommage pour nous.
Ou tant mieux :)) je serais content de voir les entrepreneurs de l'Estuaire de Seine et les élus locaux se regrouper pour aller enfin cogner sur les socialo-libéraux Fabuisiens rouennais qui continuent de bien nous faire chier sur l'agglo.
Commentaire n°4 posté par chr!s le 06/08/2008 à 13h59
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus